"A vouloir enseigner trop de médecine, on n'a plus le loisir de former le médecin"
Jean Hamburger, Extrait de La puissance et la fragilité
« L’abus de santé nuit », une chronique de Guy Konopniki dans MARIANNE. Le chroniqueur qui affirme qu’en Grande Bretagne, selon une circulaire du gouvernement de Tony Blair, la médecine n’est plus obligée de soigner les affections contractées par des personnes ayant porté elles mêmes atteinte à leur santé, estime que cette mesure vise en priorité les fumeurs mais peut également concerner les consommateurs d’alcool et logiquement toutes les personnes se mettant en danger de surcharge pondérale. Assurant qu’en fait c’est surtout la lutte contre le tabac que le gouvernement entend renforcer puisque qu’il est également question d’interdire de fumer en voiture, même seul, le journaliste avertit « n’allez pas croire que ces excès sont typiquement britanniques, voire anglo-saxons » car si aux Etats-Unis un nouveau code prévoit qu’au cinéma les acteurs ne devront plus se montrer avec une cigarette,- alors que « la détention d’armes est une liberté constitutionnelle » -, en France les séries télévisées appliquent déjà le même principe puisque « seuls les méchants et à la rigueur les paumés (...) consomment des substances nocives ». D’après Guy Konopniki, « la chasse aux sorcières fumeuses est ouverte dans les studios », sachant que « si les gens évitaient d’être malades, les dépenses publiques en seraient considérablement réduites ». Le chroniqueur qui juge « qu’étrangement l’obsession de la préservation de la santé accompagne les politiques fondées sur l’éloge du risque en économie », observe que « la protection passe pour une contrainte quand elle est sociale » mais que « l’individu doit, lui, s’efforcer de ne jamais de mettre en péril physique ». Après avoir évoqué le jogging du Président de la République, un « bel exemple pour notre santé et celui des comptes publics », le journaliste s’insurge « il nous faudra en outre effectuer des mouvements grotesques en revêtant des oripeaux malséants », pour conclure que « le mieux serait d’ailleurs de n’accorder la prise en charge des soins qu’aux bien portants ayant tout fait pour le demeurer ».
Ce sujet fait curieusement écho au travail de recherche juridique que je méne actuellement sur le thème des rapports entre espaces et santé et plus particulièrement sur la publicisation des espaces privés et la privatisation des espaces publics. On assiste sous le fait de la pression sociale (voir l'oeuvre de D.FASSIN) à une régulation croissante de l' espace public et même privé au nom de la santé publique. Cette évolution, source de pouvoir, n'est pas sans poser des questions philosophiques et éthiques.
Pour ceux que le sujet intéresse, je mettrai ce mémoire de recherche en ligne quand il sera achevé c'est à dire courant octobre 2007. En attendant je vous invite à lire l'ouvrage de Francine DEMICHEL qui me fait l'honneur de diriger mon travail : Au nom de quoi? Libres propos d'une juriste sur la médicalisation de la vie. Les Editions Hospitalières.
Maxime GIGNON.
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